Démocratisation scolaire : le grand revirement 

013La réforme de l’accès à l’université sous le nom de « Plan Étudiants »  et la réforme du baccalauréat qui s’annonce marquent un tournant dans l’histoire éducative de la société française.

Il marque l’abandon pur et simple du projet de démocratisation scolaire né au debut du XXe siècle et qui a été au cœur des débats éducatifs et des politiques scolaires, porté par les partis de gauche et les syndicats. Bien sûr, cette démocratisation scolaire n’a pas répondu à toutes les attentes et les inégalités sociales constituent encore un facteur fondamental d’échecs scolaires.

Pour autant, l’ouverture du secondaire et l’allongement des scolarités, rompant avec le malthusianisme élitiste, ont permis aux élèves des catégories populaires et des classes moyennes d’accéder à des niveaux de qualification inédits.

Grâce à l’allongement des études et aux développements importants des effectifs étudiants des années 1990, les jeunes de 25 à 34 ans sont désormais davantage diplômés de l’enseignement supérieur en France que la moyenne de l’OCDE : 45 % contre 41 %.

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La Fi a fait des propositions fortes dans ce domaine. Chacun sait que pour franchir une nouvelle étape dans la démocratisation scolaire, il faudrait s’attaquer aux rentes scolaires des classes supérieures, des grandes écoles en passant par l’enseignement privé supérieur (écoles d’ingénieur, écoles de commerce), développer la scolarisation dès 2 ans, lancer un plan de rénovation des écoles primaires et des collèges, instaurer la gratuité scolaire totale, rénover la médecine scolaire, relancer le recrutement d’enseignants en allongeant la période de formation professionnelle, par un dispositif de pré-recrutement dès le lycée, et, pour desserrer l’étau de la compétition scolaire, instaurer une obligation aux employeurs d’assurer une formation qualifiante et de promotion des carrières des salariés, supprimer tous les dispositifs « jeunes » par l’instauration d’une allocation jeune.
Alors que la transition écologique appelle des investissements publics et une élévation des qualifications, la bourgeoisie louis-philipparde de Macron fait des choix inverses et se comporte en « bourgeoisie intérieure » (Nicos Poulantzas,1936-1979), c’est-à-dire d’une bourgeoisie relayant les intérêts de la finance internationale.

Il s’agit bien de la mise en place d’une « sélection sociale » comme le souligne Jean-Luc Mélenchon. Nous avons, dans deux billets, montré que la mise en place de ce « Plan étudiants » est une étape vers un marché de l’éducation dans la logique des tendances internationales promues par l’OCDE et l’UE.
Comme souvent dans les séquences de retournement, la bataille se fait à front renversé : les organisations les plus critiques de la démocratisation scolaire sont conduites à défendre une situation, même insatisfaite, contre tous ceux qui, par intérêt, idéologie ou simple illusion, font le choix d’une sélection ouvrant la voie à un marché de l’éducation.

De ce point de vue, les reliquats de la deuxième gauche, du SGEN-CFDT à la Ligue de l’enseignement, en passant par Esprit, les milieux médiatiques, les classes moyennes, pourtant premières bénéficiaires de la seconde démocratisation scolaire des années 1980-1990, brillent par leur reniement.

Le corps enseignant lui-même, pourtant largement issu de la démocratisation scolaire, est divisé. Affaibli par la dégradation de son statut social, certaines de ses composantes sont tentées par un élitisme rassurant, mais illusoire, tant « l’élitisme néo-libéral » transformera les enseignants en simples exécutants du système.

Ce qui se joue dans cet abandon d’un des marqueurs du progressisme n’est pas seulement la sélection généralisée mais un système dans lequel l’individu se voit dépouillé de toute dimension sociale. Le diplôme est dissout dans des compétences construites au gré de « parcours individuels ». Coupé de tout ancrage social, donc privé de toute protection y compris celle du diplôme, il devient responsable de son employabilité.

Face à de tels enjeux, il est urgent de construire un large front syndical, associatif et politique pour faire barrage à la régression.

@GHS18