Passons des postures aux arguments sur la question du travail !

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Passons des postures aux arguments sur la question du travail !

L’offensive paradoxale contre Mélenchon

On assiste en ce moment à une offensive aussi vive que paradoxale de dénigrement de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Que celle-ci vienne de la sphère médiatique ou bien de groupes politiques, elle se traduit par un double discours étonnant – du moins, pour peu qu’on y prête attention :

– il n’y aurait aucune différence entre le programme de Mélenchon et celui de Hamon ;

– il n’y aurait aucune différence entre les propositions (et le style populiste et autoritaire) et celles de Mélenchon et de Le Pen.

On ne peut guère mesurer encore les effets de cette entreprise. On peut toutefois se douter du sens implicite commun à l’ensemble de ses animateurs : favoriser l’accession de Le Pen au deuxième tour (que l’on déplore par ailleurs en appelant au vote utile) avec la conviction (rassurante à bon compte) de la défaite de la candidate du Front national au deuxième tour.

Mais, les scénarios écrits d’avance ne se déroulent pas toujours comme prévu. C’est le moins que l’on puisse dire ces derniers mois !

Dès lors que l’on renonce à une approche turfiste (celle par exemple d’un Cohn-Bendit annonçant son intention « au jour d’aujourd’hui » de voter Macron « sur des bases non idéologiques » pour faire barrage à Le Pen) et manipulatrice des enjeux de cette élection, dès lors qu’on aspire à un vote de conviction et non un vote par défaut, il est essentiel de revenir aux propositions et projets politiques en débat dans cette campagne – du moins lorsqu’ils existent !

La trilogie libérale

Appréhender sous l’angle presqu’exclusif de la lutte pour l’emploi (ou contre le chômage) des candidats se disant du travail (Fillon ou Macron) se proposent

  • d’accentuer plus encore des politiques de l’emploi menées depuis 30 ans (et oh combien efficaces !) de réduction des charges patronales sur les salaires et des impôts des entreprises.

  • de poursuivre le coup d’accélérateur donné par les lois Macron et El Khomri à la « simplification » du marché du travail (autrement dit la limitation de la capacité de régulation réglementaire du Code du travail).

  • de favoriser le développement du travail indépendant (dont la plateforme Uber a été un des modèles aujourd’hui passé sous silence tant il est contesté par ses principaux acteurs).

Sans doute existe-t-il des spécificités (la culpabilisation des assistés dont les revenus seraient strictement limités chez Fillon ; une augmentation du salaire net par la suppression des cotisations salariales sur la maladie et sur le chômage qui seraient fiscalisées par une hausse de la CSG chez Macron), mais tous s’accordent finalement pour remettre en cause le statut même du salariat.

Sans doute faudra-t-il consacrer une analyse minutieuse aux effets de posture et d’affichage du programme de Le Pen. Toutefois, il n’est pas surprenant, au-delà de tels effets propagandistes, de constater une même volonté très libérale d’accompagner (d’anticiper sans remettre en question) « les évolutions du travail liées aux nouvelles technologies (ubérisation, robotisation, économie du partage …) […] pour préserver une concurrence loyale ». Ou encore de retrouver dans ce programme une même politique d’allègement des charges sociales : spécifiquement pour les TPE-PME en transformant en allègement de charges le CICE comme le propose Macron ; ou, dans le cadre d’une politique de l’emploi des jeunes de moins de 21 ans, une exonération totale des charges sociales patronales pendant 2 ans.

Est-il si étonnant enfin si les trois candidats, Fillon, Macron et Le Pen, s’accordent et sur le maintien de la durée légale de 35 heures et sur la liberté donnée aux branches ou aux entreprises d’allonger la durée du temps de travail au delà de 35 heures ?

Et à gauche ?

Lors de la campagne du premier tour des primaires du PS, Benoît Hamon s’était distingué en affirmant qu’il abrogerait la loi El Khomri – qu’il s’agit désormais de réécrire en partie seulement – et en avançant la proposition d’un revenu universel. Celui-ci était présenté comme la réponse à la raréfaction de l’emploi et du travail en raison des innovations technologiques. Pendant l’entre deux tours, tout en affirmant maintenir cette proposition, il a indiqué que celle-ci consisterait d’abord dans la fusion des minimas sociaux et d’une allocation jeune, mais que sa généralisation serait reportée aux conclusions d’une conférence citoyenne.

Le projet d’un revenu universel a ainsi relancé un débat ancien dans les médias sur la « fin du travail ».

Mais de quoi parle-t-on précisément ? Suffit-il d’abroger la loi travail pour garantir de nouveaux droits aux salariés ? Le plein emploi règle-t-il la question du travail ?

Comment reposer la question de l’émancipation des travailleurs et de la mutualisation de la valeur du travail ?

LIRE ET FAIRE LIRE :

Livret de la France Insoumise sur l’Ubérisation

REVUE DE PRESSE DE LA SEMAINE :

Lettre de J-L Mélenchon à Bonoit Hamon

Projet de plateforme présidentielle Hammon/Jadot by Le Monde on Scribd

Conjurer Mélenchon par Le Pen: le jeu dangereux de Pujadas et sa clique

Benoit Hamon: chronique d’un renoncement annoncé

A voir :

Uberisation et salaire à vie – Sarah Abdelnour et Bernard Friot

Souffrance au travail – Christophe Dejours et Vincent de Gaulejac

Agir

Pétition en ligne : Retrait de Benoit Hamon en faveur de Jean Luc Mélenchon pour les présidentielles de 2017

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