Lettre de campagne n°3: contre les manipulations, L’Avenir en commun

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Vous avez sans doute remarqué l’offensive anti JLM, presque caricaturale tant elle est coordonnée jusque dans ce que les politiques appellent les éléments de langage.

Ce qui est le plus sidérant, peut-être, c’est la manière dont cette offensive se présente : il s’agirait de lever le voile sur le programme L’Avenir en commun que nous ne connaîtrions pas ; la campagne n’aurait pas eu lieu, les programmes n’auraient pas été discutés.

Or, quelque soit le point où nous en sommes chacun aujourd’hui, tous nous savons l’énergie qui a été déployée pour élaborer puis pour mettre en débat et faire connaître le programme L’Avenir en commun : un texte fruit d’un travail collaboratif qui “ne clôt pas la réflexion”. Si vous ne l’avez pas acheté encore, vous pouvez en prendre connaissance en ligne ici .

Tout un travail d’élaboration de livrets thématiques a été fait et est encore en cours, de même que sont organisés des “ateliers législatifs” pour discuter des premières propositions de lois que nous souhaitons faire adopter. Et parallèlement, des universités populaires se sont tenues tout au long de cette campagne.

Au delà de la caricature, il peut demeurer des réserves ou des objections, peut-être même encore des approches turfistes de la politique que nous avions critiquées dans notre première lettre de campagne en invitant à discuter des programmes.

Autoritarisme, stratégie internationale, Europe ou bien politique économique ?

S’agit-il là des objections ou réserves que vous entendez, que vous partagez peut-être ? C’est du moins sur ces questions que portent principalement l’offensive cette semaine.

Sans doute cela vaut la peine de rappeler sur chacun des points en question quelles sont effectivement nos ambitions.

Autoritarisme
Parce que nous sommes bien conscients des dérives monarchistes de la Ve République, nous souhaitons en finir avec ce régime en convoquant une constituante; l’usage de l’article 11 est validé après discussion dans un papier du Monde d’hier mal titré “Les difficultés de la mise en place d’une constituante”.
Parce que nous sommes démocrates, nous ne préjugeons pas de ce que produira cette constituante.
Parce que nous sommes contre ce régime politique, nous mettons en débat des propositions (régime parlementaire, proportionnel, mandats révocatoires et limités dans le temps, règle verte, constitutionnalisation droit à l’IVG, etc…).

Faut-il rappeler que cette exigence et ces propositions s’inscrivent en réponse à une situation de professionnalisation de politiques déconnectés de nos réalités et dans un contexte de perte de notre souveraineté (attention : à comprendre comme notre capacité en tant que communauté politique à décider de notre sort) dans un mécano institutionnel européen anti-démocratique ?

Stratégie internationale , soutien aux dictatures ou / et régimes autoritaires du monde entier
Voici la proposition 62 qui est montée en épingle ces jours-ci :
“Un autre monde est possible. Plus juste, plus ordonné, plus écologique et non soumis à la finance. Pour cela, de nouvelles coopérations doivent être engagées et d’autres renforcées. La France doit proposer une nouvelle alliance altermondialiste pour changer le cours du monde
Nous proposons de réaliser les mesures suivantes :
En finir avec la Françafrique : respecter l’indépendance des États africains et la souveraineté des peuples en s’interdisant de se mêler des élections et en réprimant les corrupteurs
Tenir enfin l’objectif de consacrer 0,7 % du revenu national brut au budget de l’aide publique au développement
Relancer la politique de codéveloppement et de coopération (scientifique, universitaire, sanitaire…) avec les pays en développement, notamment en matière de lutte contre le changement climatique
Adhérer à la banque de développement des BRICS et bâtir une nouvelle alliance altermondialiste avec les BRICS, ouverte à tous et fondée sur l’indépendance de chacun, la coopération et le renforcement de l’ordre international légitime de l’Onu
Soutenir le projet chinois d’une monnaie commune mondiale pour libérer l’économie mondiale de la domination du dollar
Appuyer la mise en œuvre d’un mécanisme de restructuration des dettes souveraines dans le cadre de l’Onu sur la base de la résolution votée en 2015 sur proposition de l’Argentine
Multiplier les coopérations avec les pays émergents pour repousser les frontières de la connaissance et de l’humanité (coopération spatiale, maritime…)
Instaurer une politique de codéveloppement avec l’Amérique latine et les Caraïbes en adhérant à l’ALBA”

La presse a feint de trouver dans  l’ALBA de quoi mettre en difficulté la France insoumise. Nous renvoyons aux  articles sur le sujet envoyés hier et ce matin. En réalité la proposition 62 du programme esquisse une politique internationale qui cherche à construire un co-développement international avec les BRICS comme avec les pays des Caraibes et de l’Amérique latine ou encore qui soutien le projet chinois d’une monnaie commune mondiale autre que le dollar.

S’agissant de la Syrie, nous renvoyons également à la proposition 60. Sans être experts, force est de constater que nous n’avons pas lu de la part des experts une présentation critique avec propositions alternatives (ce que nous aimerions pourtant).

Europe
Parce que nous sommes convaincus que les politiques économiques et budgétaires (mais aussi monétaires) européennes doivent être remises en cause, parce que nous avons bien compris que celles-ci avaient été “constitutionnalisées” – malgré notre opposition en 2005 -, parce que nous constatons que ces politiques non seulement produisent, le chômage, la misère sociale et la montée des extrêmes droites (ce contre quoi elles entendaient nous prémunir), parce que nous constatons également qu’elles en viennent à détruire le projet même d’union européenne garant de la paix et de la stabilité sur notre continent …. nous pensons qu’il faut changer l’Europe maintenant.

La formule est désormais connue (on a bien parlé des programmes !) : plan A ou sinon plan B, l’Europe on la change (maintenant) ou on la quitte. Encore faut-il rappeler que, démocrates, nous renverront le choix à nous tous citoyens lors d’un référendum.

Est-ce que le plan A sera suffisant porté par nos nouveaux dirigeants déterminés et forts de notre détermination et de notre mobilisation ? Nous ne sommes pas capables de le dire, mais nous sommes très dubitatifs devant l’affirmation rapide des uns et des autres (dans l’offensive actuelle – Cohn-Bendit par exemple dans un entretien ce matin dans Libération) que le choix du plan A équivaudrait à passer immédiatement au plan B.

Dubitatif d’abord parce que si le problème est juste formel, nous sommes confiants sur la capacité à faire fonctionner notre diplomatie (avec diplomatie donc) au service de ce nouvel objectif (le plan A). Dubitatif ensuite parce que si le problème est le fond (souveraineté politique sur la politique économique et monétaire, contrôle de la banque centrale européenne, mutualisation des dettes souveraines européennes) alors cela signifierait que nous sommes condamnés dans l’Union européenne au fameux TINA (There is no alternativ) – point de vue qui, selon nous, condamne l’Union actuelle à mourir emportée par une vague d’extrême droite européenne déjà bien puissante aujourd’hui.

Alors, nous avons bien lu Cohn-Bendit ce matin (justifiant à nouveau son choix de Macron), nous avons également écouté Hamon mercredi sur Mediapart : ils refusent le choix qui est devant nous. Or, ce choix est bien devant nous d’autant plus qu’il conditionne la possibilité même d’une alternative aux politiques économiques d’austérité combinées aux politiques de l’offre défendues durant le quinquennat Hollande (ou Hollande-Macron comme le dénonce aujourd’hui Hamon lorsqu’il évoque les arbitrages économiques lorsqu’il était au gouvernement).

Politique économique impossible ?
Le lien sur ce sujet avec la question européenne est étroit. S’il n’y a pas d’alternative à l’Union actuelle on a bien compris qu’il n’y a pas d’alternatives aux politiques économiques constitutionnalisées par l’Europe. C’est bien le sens (la visée ou le cap pour parler le langage de Macron avant qu’il ne soit contraint d’avancer plus concrètement ses propositions) des programmes de Fillon et de Macron.
Nous n’allons pas revenir sur l’ensemble du projet économique de L’Avenir en commun que vous pouvez découvrir ou revoir par ailleurs. Dans son esprit (keneysien) comme dans son ampleur structurelle, il est sans doute bien plus modeste que celui du Programme commun de gouvernement qui porta Mitterrand au pouvoir en 1981.

Nous ne revenons pas non plus sur la question du financement qui ne fait pas l’objet d’une grande offensive. Si vous en avez encore l’envie, l’emission du chiffrage a été un grand moment de cette campagne conduisant Le Monde à débattre du projet et à noter que seul L’Avenir en commun avait fait l’objet d’un tel effort de précision.

Mais il comprend une donnée résolument novatrice : il est construit autour de la planification de la transition écologique.
Et celle-ci permet de résoudre bien des contradictions qui ont longtemps divisée la gauche (entre centralisateurs et fédéralistes), comme l’illustre la proposition 38  :

“Le changement climatique a commencé et s’accélère. Il menace de détruire le seul écosystème compatible avec la vie humaine. Comment empêcher la catastrophe ?
La transition énergétique est vitale ! Il s’agit de répondre ici et maintenant à l’intérêt général humain face au dérèglement climatique. Ce grand changement doit modifier tous les compartiments de la vie de notre société par une planification écologique.
Nous savons bien que tout cela nécessite des investissements massifs, une abondante main-d’œuvre qualifiée et bien payée. Mais l’exigence écologique ne peut être réduite à des proclamations et des mesures qui épargnent le système. La finance n’en veut pas : elle préfère les grands rendements de la spéculation. La définanciarisation de l’économie est une condition incontournable de la transition écologique.
Jean-Luc Mélenchon
Proposition 38. La transition écologique, un enjeu central
Pour les tenants du système, l’écologie est une question à part. C’est tout l’inverse. L’urgence écologique est une question fondamentale. C’est autour et à partir de l’exigence écologique que doit se penser toute la politique de la Nation. Pour cela, la préoccupation écologique doit être inscrite au sommet de la hiérarchie des normes et de l’activité de l’État. Le temps de l’écosystème, c’est le temps long. Le temps court de la finance et du productivisme saccage tout. La reconquête du temps long est la principale exigence. C’est le but de la planification écologique : mettre en cohérence dans le temps et dans l’espace les mesures nécessaires pour faire bifurquer le modèle de production, de consommation et d’échanges.
Nous proposons de réaliser les mesures suivantes :
Constitutionnaliser la règle verte : ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter
Adopter une loi-cadre instaurant une planification écologique, démocratique et articulant les niveaux national et local
Créer une fonction de délégués départementaux à l’écologie chargés d’alerter sur les dysfonctionnements, sur le modèle des délégués départementaux de l’Éducation nationale.”

Alors bien entendu on entendra encore certains évoquer l’inspiration égalitariste et centraliste de ce programme. Pourtant, avec la question de la relocalisation des activités et de la production d’énergie renouvelable, rien ne pourra se faire autrement que par l’implication locale et par la mobilisation de tous.

Conclusion … provisoire !

Durant la campagne de notre côté nous avons surtout parlé du travail et de l’urgence sociale, cette question nous semble toujours essentielle.

Nous sommes et restons convaincus que cette campagne et le vote Mélenchon nous offre l’occasion de reprendre collectivement la main sur notre destin autour d’un programme dont la radicalité est d’être sans doute simplement raisonnable !