Hôtel Hyatt : une grève pour la dignité

Publié le

1164897-prodlibe-mobilisation-du-personnel-de-l-hotel-hyattLa mobilisation du personnel gréviste est partie pour durer. La direction reste sourde à leurs revendications, inchangées depuis 3 semaines.

Depuis le 25 septembre, non loin de la place Vendôme, la très chic rue de la Paix a pris des allures inhabituelles. Au niveau du numéro 5, au milieu des boutiques de luxe, tous les jours de 10 heures à 15 heures, un rassemblement joyeux, déterminé et festif de femmes de chambres, d’équipiers et de gouvernantes propose aux passants des tracts et des rythmes de tam-tam. Devant l’entrée du palace Park Hyatt Paris-Vendôme, ce groupe de femmes munies de drapeaux et d’une banderole de la CGT reçoit de fréquentes visites d’hommes en uniforme bleu marine – et ce ne sont pas des visites de courtoisie…

Une nouvelle fois, les salarié·e·s de l’hôtellerie relèvent la tête. 55 grévistes d’un hôtel de luxe – les chambres à l’Hyatt Paris-Vendôme coûtent de 1 500 à 18 000 € la nuit –, avec leurs syndicats CGT-HPE et US CGT Commerce, mènent bataille pour leur dignité, contre l’esclavage moderne dans le secteur hôtelier. Une nouvelle fois, une grève y dénonce le recours à la sous-traitance et ses méfaits sur les conditions de travail. La solidarité entre les salarié·e·s de Hyatt et celles et ceux de la société sous-traitante, le groupe STN-TEFID, y est remarquable. Mais la direction refuse de négocier sous des prétextes fallacieux et joue la carte de la «fermeté», de la provocation et de la violence.

Pourtant, la satisfaction des revendications des grévistes ne devrait pas ruiner un groupe hôtelier surpuissant comme Hyatt. Qu’on en juge : les personnels en grève exigent d’abord l’embauche directe par Hyatt des salarié·e·s de la sous-traitance. Ils et elles veulent aussi des augmentations de salaire de 3 € par heure, le remboursement à 100 % des titres de transport et la mise en place de représentants de proximité pour les personnels. S’y ajoutent l’exigence d’une diminution des cadences, une prime d’intéressement annuelle, d’un compte pénibilité pour tou·te·s les salarié·e·s et l’accès au 1 % logement.

La direction parle de négociations, mais refuse d’envisager la fin de la sous-traitance et ne veut pas évoquer les salaires… La communication de Hyatt voudrait faire croire que la sous-traitance du nettoyage concerne tous ses établissements. C’est faux : sur les sept hôtels Hyatt en France, seuls trois y ont recours. C’est simplement un choix stratégique pour ne pas avoir à gérer les centaines de personnes invisibles du service d’hébergement qui font le travail de nettoyage au quotidien et sont très durement exploité·e·s.

Agressions

Pire : la violence physique contre les personnels en grève a été utilisée à plusieurs reprises. Le 12 octobre en particulier, les services de sécurité de l’hôtel ont agressé deux grévistes qui ont dû être hospitalisés. Les grévistes font face, de surcroît, à d’autres menaces : sous des prétextes divers (bruit, supposée «gêne occasionnée»…), les forces de l’ordre viennent souvent bousculer ou nasser le piquet de grève, quand bien même la préfecture de police a donné son accord aux grévistes. Trois procès-verbaux ont été dressés contre les personnels en grève et leurs représentant·e·s.

Il vaut la peine d’écouter ces femmes parler de leurs conditions de travail déplorables – par exemple la nécessité, depuis des mois, pour quatre femmes de chambre de partager un seul aspirateur pour nettoyer quatre chambres à un étage, alors qu’on exige d’elles de «faire une chambre» en 45 minutes – ou des problèmes de santé comme l’arthrose et d’autres maux qu’engendre leur travail. On apprend beaucoup aussi en discutant avec elles, sur leur vie, leur courage, leur détermination et leurs espoirs. Ces personnes doivent être écoutées, soutenues et aidées, y compris financièrement. Le conflit semble être parti pour durer, vu l’attitude fermée et méprisante de la direction. Le soutien financier est une nécessité pour leur permettre de tenir bon. Une caisse de grève en ligne est disponible (1). Soyons solidaires et généreux·ses: ces grévistes sont déterminé·e·s à se battre et à aller jusqu’au bout. Leur dignité est aussi la nôtre. Aidons-les à gagner.

Les signataires: Nathalie Arthaud porte-parole de Lutte ouvrière, Clémentine Autain députée France Insoumise de Seine-Saint-Denis, Ludivine Bantigny historienne, Compagnie Jolie Môme,Pierre Dardot philosophe, Philippe Degrave enseignant et chercheur en science politique, Erri De Luca écrivain, Jules Falquet sociologue, Eric Fassin sociologue, Bernard Friot sociologue et économiste, Fanny Gallot historienne, Odile Henry sociologue, Leslie Kaplan écrivaine, Alain Krivine NPA, ancien député européen, La Parisienne Libérée chanteuse, Christian Laval sociologue, Danièle Linhart sociologue, Frédéric Lordon économiste et philosophe, Jean-Pierre Mercier délégué syndical central CGT PSA-Aulnay, Daniel Mermet journaliste et écrivain,Gérard Noiriel historien, Philippe Poutou ouvrier chez Ford-Blanquefort et porte-parole du NPA, Michèle Riot-Sarcey historienne, Omar Slaouti enseignant, Bernard Stieglerphilosophe, Enzo Traverso historien, Xavier Vigna historien,Sophie Wahnich historienne.

(1) https://www.lepotcommun.fr/pot/1vpwil8t/participer

On peut également envoyer des chèques de solidarité, en mentionnant au dos «soutien grève Hyatt Paris-Vendôme» à la CGT-HPE 78 rue Henri-Barbusse, 92110 Clichy.

 

Source: Libération, 9 novembre 2018.